Sheerazad Chekaik-Chaila, une journaliste interviewée par nos élèves

Dans le cadre de la résidence d’éducation aux médias proposée par Valenciennes Métropole, des élèves de 5e ont pu interviewer Sheerazad Chekaik-Chaila, une journaliste qui a travaillé pour la Voix du Nord.

Avez-vous déjà interviewé des personnes célèbres ?
Oui, Stromae, Corneille

Quel est votre parcours professionnel ?
J’ai fait un bac scientifique, j’ai commencé à étudier à l’université et ensuite j’ai préparé une formation au journalisme par alternance avec le journal « La Voix du Nord ».

Quand vous faites des reportages, après un incendie ou un accident, est-ce qu’on vous autorise à faire des photos ?
Quand on est journaliste, ce qui se passe sur la voix publique peut être pris en photo sans autorisation. Mais on ne peut pas aller chez les gens sans leur autorisation, même pour photographier leur jardin par exemple. Tout ce qui concerne la vie privée demande une autorisation.

Quel matériel utilisez-vous ?
Sur le terrain pour « La Voix du Nord », il faut juste un crayon, un carnet, parfois un appareil photo. Pour la radio, un micro, un enregistreur et parfois un carnet. Pour la télévision, une caméra, un micro. Ça dépend du support sur lequel on travaille. Après, quand on rentre à l’agence, on travaille sur un ordinateur.

Que faut-il faire pour être journaliste sportif ?
Les journalistes sportifs sont des journalistes comme les autres. Ce qu’ils racontent se base sur un travail sur plusieurs sources. Le journaliste vérifie l’information, la recoupe avant de la diffuser. La différence, c’est que le journaliste sportif est spécialisé dans le monde du sport. Il a suivi la même formation en général que les autres journalistes. Mais récemment, l’école de journalisme de Lille a proposé une formation d’un an pour se spécialiser dans le journalisme sportif.

Avez-vous écrit un article sur les attentats ?
Pas directement sur le sujet, mais j’ai écrit des articles après. Il y a des endroits où on avait organisé des temps de parole, par exemple dans un lycée, les élèves ont parlé de leur ressenti après les attentats, ou des associations ont organisé des temps d’échange. J’ai écrit sur ces sujets-là.


Est-ce que vous préférez être sur le terrain ?
Oui, c’est là où c’est le plus riche, je fais des rencontres, j’ai des discussions. Après, devant l’ordinateur, c’est un prolongement.

Êtes-vous déjà partie à l’étranger ?
Non, sauf en Belgique. Je suis journaliste dans la région. Mais il y a des journalistes qui ont d’autres secteurs. Autour des agences, on les appelle les localiers. Ceux qui travaillent sur le secteur de Lille se déplacent dans toute la région. D’autres travaillent sur toute la France. Ensuite il y a les grands reporters. Il y en a deux à « La Voix du Nord », ils vont travailler pour des actus très fortes comme les élections aux États-Unis ou sur des zones de guerre.

Avez-vous déjà couvert des manifestations ?
Oui, par exemple à Lille, contre la loi travail. Ces manifestations sont un peu tendues, certains n’aiment pas être pris en photo. C’est déjà arrivé que des photographes aient du matériel cassé. Mais le photographe fait son travail pour le public, il est là pour informer ; ceux qui ne veulent pas être pris en photo peuvent se cacher.

Quel est votre plus grand reportage ?
J’ai été marquée par celui que j’ai fait sur les migrants. On n’imagine pas que des gens comme ça arrivent ici, qu’ils soient traités comme ça. C’était un moment humainement fort, ils ont traversé la planète, fuit la guerre, un dictateur, vécu des moments durs ; ils se cachent dans les champs, la forêt…

Est-ce un travail simple ?
Pas toujours, mais ce n’est pas difficile. C’est un métier très humain, c’est intéressant de discuter, d’aller chercher l’info, c’est fatiguant aussi, ça demande beaucoup d’énergie d’être sur le terrain, à l’écoute.

Quelles langues parlez-vous ?
Le français, un peu l’anglais, un peu l’espagnol, un peu l’arabe. Je regrette de ne pas mieux connaître l’anglais car dans le monde dans lequel nous vivons, c’est important de parler anglais. Pour le français, il est important de bien construire ses phrases. L’anglais est important si on voyage. Au collège, on suit ça de loin sauf qu’en fait c’est important. Par exemple, les migrants parlaient très bien anglais en plus de leur langue maternelle (l’arabe et d’autres langues). Ils parlaient tous bien mieux que moi. C’est facile pour l’anglais, car on est tous amateurs de séries, de chansons.

Combien de temps faut-il pour écrire un article ?
Cela va d’un quart d’heure à plusieurs semaines. Il faut enquêter, interroger beaucoup de personnes, téléphoner, aller sur le terrain. Ça dépend du sujet, de la longueur demandée.

Quels sont les risques ?
Parfois des gens sont en colère mais cela se règle après discussion. Parfois c’est plus dur. Par exemple après les attentats contre Charlie Hebdo en janvier 2015… On a le droit de ne pas être d’accord avec un dessin, un article. Il existe une carte de la liberté de la presse dans le monde : au Mexique, on assassine souvent les journalistes, la Turquie, c’est le pays où il y a le plus de journalistes emprisonnés. C’est un métier qui comporte plusieurs types de risques.

Pourquoi utilisez-vous un dictaphone ?
Il sert dans certains cadres, comme les interview d’artistes, il est important de ne pas transformer la parole de l’artiste, d’un homme politique, d’une personne qui a des responsabilités. Il ne faut pas trahir leurs pensées, leurs idées. Il faut rester fidèle car notre mémoire n’est pas infaillible.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?
Tout, à commencer par les personnes, j’ai rencontré des personnes que je n’aurais jamais rencontrées dans la vie de tous les jours. Ça oblige à sortir de ce qu’on connaît, à rencontrer d’autres univers.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
La rencontre avec un migrant de 24 ans. Il racontait une histoire incroyable, il avait quitté son pays en guerre où on les obligeait à faire le service militaire, ils ont quitté leur famille, leurs parents sans savoir s’ils allaient les revoir. Ça aurait pu être moi, ça tient à pas grand chose, du coup c’est fort ces rencontres.

Est-ce que les interviews d’artistes durent longtemps ?
Pas forcément, 15 minutes au téléphone, on ne doit pas dépasser le temps imparti. Ce sont des questions/réponses, ce n’est pas une vraie conversation.

Quelle actu aimeriez-vous couvrir à l’étranger ?
Sur les migrants, depuis l’endroit où ils partent, une période d’élection à l’étranger

Que pensez-vous de la résidence ?
La résidence me fait beaucoup réfléchir à l’école. Aujourd’hui, elle est pointée du doigt, on dit que les professeurs n’en font pas assez, que les élèves sont nuls. Ce n’est pas ce que je vois.